Les contours de la Force sanitaire se précisent

Le Premier Ministre a présenté, devant l’Assemblée nationale, les grandes lignes du volet « Tests-Identification des contacts» dans le cadre de la stratégie de sortie du confinement.
  • « Dès lors qu’une personne aura été testé positive, nous engagerons un travail d’identification et le test de tous ceux, symptomatiques ou non, qui auront eu un contact rapproché avec elle. Tous ces cas contacts seront testés et seront invités à s’isoler, compte tenu des incertitudes sur la durée d’incubation.
  • «Les professionnels de santé libéraux, notamment médecins généralistes et infirmiers libéraux (...) constitueront d’une certaine manière la première ligne dans cette recherche des cas contacts pour tout ce qui concerne la cellule familiale. Je sais qu’ils peuvent se mobiliser pour cette mission et nous les accompagnerons pour cela».
  • «En appui, les équipes de l’Assurance Maladie assureront la démultiplication de cette démarche d’identification des cas contacts au-delà de la cellule familiale».
  • « Dans chaque département, nous constituerons des brigades chargées de remonter la liste des cas contacts, de les appeler, de les inviter à se faire tester en leur indiquant à quel endroit ils doivent se rendre, puis à vérifier que ces tests ont bien eu lieu et que leurs résultats donnent lieu à l’application correcte de la doctrine nationale ».
  • « Pour tracer les contacts, pour remonter jusqu’à ceux qui ont croisé le chemin d’un malade, il faudra sans doute faire appel à des effectifs supplémentaires pour renforcer les médecins. Et cela est même certain. J’évoquais tout à l’heure l’appui des personnes de l’Assurance Maladie. On pourra sans doute dans ces brigades accueillir parfois des personnels des CCAS, des Mairies, parfois peut-être des personnels des Départements, parfois des personnels mis à disposition par les grandes associations, je pense par exemple à la Croix Rouge. Encore une fois c’est aux équipes locales qu’il reviendra d’organiser ces brigades ».
  • « Mais ce qui est certain, c’est qu’ils ne seront pas tous médecins. Il faudra donc que la loi les autorise à participer à ces enquêtes épidémiologiques dans lesquelles l’accès à des données médicalisées pourra être nécessaire ».

 

Médecins, plateforme téléphonique et enquêteurs de terrain


Quelques zones d’ombre subsistaient. Dans un article paru le lendemain, Le Monde apporte deux précisions : comme le recommandait le Conseil Scientifique, le dispositif repose, en partie, sur une plateforme téléphonique, et elle sera gérée par la CNAM.

L’enquête se fera en trois étapes.
  • Au premier niveau, les médecins généralistes auront pour mission d’identifier les contaminations possibles dans le cercle familial.
  • Au second niveau, des plateformes téléphoniques « armées » par l’Assurance-maladie se chargeront de prévenir les autres contacts.
  • Un troisième niveau pourra être mobilisé avec des épidémiologistes professionnels au cas où un cluster serait identifié, c’est-à-dire plusieurs personnes contaminées dans un laps de temps très réduit.

Les brigades chargées des investigations bénéficieront d’une formation en accéléré. « Nous sommes sur le pied de guerre, indique Daniel Lévy-Bruhl, épidémiologiste à l’organisme de sécurité sanitaire Santé publique France (SpF). Nous avons commencé à élaborer des guides pratiques pour les aider mais cela se fait avec une contrainte de temps très très forte. »

Dans la mesure où elles ne seront pas exclusivement composées de médecins, une loi devra les autoriser à accéder à des données médicalisées.

« L’objectif est de tester très largement. Pour être certain de trouver les cas positifs, nous devons être en mesure de tester toutes les personnes présentant des symptômes évocateurs, même si la plupart n’auront pas le Covid-19 », plaide Daniel Lévy-Bruhl, qui s’attend à ce que les tests positifs représentent moins de 10 % du total.

Le rôle central de la CNAM


Dans un entretien accordé au site Allo-Docteurs, Nicola Revel,  directeur de la Caisse nationale de l'assurance maladie, apporte, à son tour, une série précisions. La stratégie qui vise à rompre la chaîne de contamination repose en priorité sur les médecins de ville
  • A partir du 11 mai, date à laquelle 700 000 tests seront disponibles chaque semaine, toute personne ressentant les symptômes de Covid-19 devra contacter son médecin qui prescrira un test pour vérifier qu’il s’agit bien d’un cas positif.
  • Le médecin devra enregistrer les données du patient dans un système qui va en informer l’assurance maladie et enregistrer également les données de l’entourage familial ou de ceux qui partagent le foyer de la personne malade.
  • Sur le mode facultatif, le médecin pourra aussi interroger le patient pour recueillir toutes les données possibles sur les « contacts », c’est-à-dire toutes les personnes que le patient aura pu approcher hors du cadre familial dans les 48 heures précédant le test. Les autorités sanitaires évaluent à une vingtaine de personnes en moyenne les « cas contacts » à relier à chaque patient.
  • Une fois que les données sur l’entourage et les cas contacts auront été transmis par le médecin, l’Assurance Maladie se mettra en relation avec toutes ces personnes pour leur demander de se faire tester en leur indiquant où cela peut se faire et en les enjoignant de rester chez elles. Un arrêt de travail leur sera automatiquement délivré et un masque leur sera fourni gratuitement. 

Les équipes de l'Assurance maladie mobilisées
  • « Nous devrons nous assurer que les médecins agissent dans des délais rapides, si on perd du temps, on laisse le virus circuler », avertit Nicolas Revel. 
  • Dans le cas où, la recherche des « cas contacts » ne pourra pas se faire par le médecin ou si celui-ci tarde trop à réaliser cette « enquête », ce sont les services de l’Assurance Maladie qui s’en chargeront. 
  • « Nous avons chez nous des médecins, de infirmiers et les collaborateurs des caisses qui ont l’habitude de contacts avec les assurés et qui sont tenus au secret professionnel », rassure Nicolas Revel.
  • « Il y aura une extension du rôle de l’Assurance Maladie et différents acteurs auront à manipuler des données de santé qui ne seront pas anonymes, nous avons donc besoin d’aménagements législatifs qui vont être votés dans les jours qui viennent », précise Nicolas Revel.





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