Israël : le gouvernement confie la recherche de contacts à l'armée

L'explosion du nombre de cas en Israël (l'un des plus élevés au monde) avait contraint le gouvernement fin septembre à décréter le reconfinement. Alors qu’Israël amorce un déconfinement progressif, qui va s’étaler jusqu’en février 2021, le système de recherche de contacts n’est toujours pas opérationnel.

Israël était parvenu au printemps à limiter la propagation du virus par des mesures de restriction très sévères : une levée trop rapide de ces mesures de restriction a rendu possible une deuxième vague.

Ce n'est qu'en août, en pleine deuxième vague, que le gouvernement a chargé le commandement du front intérieur (un commandement de l’armée) de concevoir et d'opérer un système pour casser les chaînes de transmission. L'épidémie de virus était alors probablement déjà incontrôlable,

La décision est probablement intervenue trop tard, car l'épidémie de virus était déjà incontrôlable. Fin septembre, seuls 1 400 traceurs de contact étaient à pied d’œuvre. Le système de suivi des contacts mis en place par les militaires ne sera pleinement opérationnel qu’en novembre. Actuellement, il faut environ 90 heures aux soldats pour contacter tous ceux qui sont entrés en contact avec une personne infectée. L'objectif est d'atteindre tout le monde dans les 24 à 36 heures.

Selon une enquête de Channel 12, diffusée le 16 octobre, même lorsque ce système de suivi des contacts sera place et fonctionnera à pleine capacité, il ne sera en mesure de retracer que moins de la moitié des nouveaux cas et de leurs contacts.

(Avec 7 000 nouvelles infections par jour et si chaque personne infectée est entrée en contact avec 10 personnes, ce sont 2,4 millions d'Israéliens qui devraient s’isoler chaque mois)

L’enquête de Channel 12 pointe également la faible adoption  de l'application israélienne de traçage Magen.

Le gouvernement mise aussi sur les capacités de surveillance technologiques du Shin Bet, l’agence de renseignement intérieur pour localiser les proches des personnes infectées du coronavirus qui ne coopèrent pas à l'enquête épidémiologique.

La décision d'utiliser les outils du Shin Bet pour suivre les proches des personnes contaminées, a été prise après que le commandement du front intérieur de Tsahal a constaté que près de 30 % des porteurs du virus refusaient de préciser avec qui ils avaient été en contact, ou affirmaient qu'ils n'avaient eu "aucun" contact avec qui que ce soit dans les jours précédant le test de dépistage. Jugeant ces chiffres improbables, le commandement du front intérieur et le Shin Bet ont commencé à coopérer mardi pour localiser et tester systématiquement la famille proche de ces porteurs du coronavirus. Les données personnelles des personnes infectées ayant transmis des informations suspectes seront ainsi envoyées au ministère de la Santé pour vérification. S'il y a lieu de soupçonner qu'elles ont bien été en contact avec des proches, ceux-ci seront contactés par SMS afin de se mettre en quarantaine et de se faire tester.

L’implication du Shin Bet et de ses capacités technologiques dans la lutte contre le virus avait été approuvée par le Parlement israélien en août dernier. Il autorisait le Shin Bet à apporter une assistance au ministère de la Santé dans des cas individuels et uniques où l'enquête épidémiologique ne peut être menée à bien par d'autres méthodes. 

Cette nouvelle mission du Shin Bet, d'ordinaire focalisé sur l'antiterrorisme,  avait été dénoncée comme une atteinte à la vie privée par des associations de défense des droits humains, et attaquée devant la Cour suprême qui avait demandé au gouvernement de l'encadrer par une loi.

Sources

Contact tracing failure to blame for severe 2nd wave outbreak – Israël TV report

Israël/Coronavirus : le Shin Bet va tracer les proches des personnes contaminées qui ne collaborent pas à l'enquête épidémiologique

Israël/Coronavirus : approbation de la loi sur le traçage par le Shin Bet des personnes infectées



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