Succés mitigé pour CoronaWarn, le StopCovid allemand

 « Cette appli est digne de votre confiance », rassurait Angela Merkel lors du lancement  de CoronaWarn, le 16 juin dernier,  l’équivalent de notre StopCovid.  Trois ministres, un secrétaire d'Etat, le patron de l'Institut Robert Koch (RKI) étaient mobilisées pour vanter les atouts de l'application.


Après plusieurs mois de tâtonnements, le gouvernement et l’Institut Robert Koch proposait aux allemands une application qui leur permettrait d'être avertis dés qu’ils avaient été en contact avec une personne infectée. 


Trente heures à peine après le lancement de la nouvelle application, Jens Spahn tweetait : « 6,5 millions de personnes ont déjà téléchargé la Corona-Warn-App. Ceci devrait encourager encore davantage de citoyens à faire de même. Stopper le coronavirus est un jeu d'équipe. »


Alors que StopCovid peinait en France a s’imposer, l’Allemagne, une fois de plus, montrait la voie.


Comme en France, la conception de l’application (développée par Deutsche Telekom et SAP pour un montant de 20 millions d'euros) avait donné lieu à d’âpres débats  autour de l’usage des données qui en serait fait. 


Un débat d’autant plus vif que l’Allemagne qui a connu deux régimes de surveillance (3eme Reich et RDA) figure parmi les pays les plus attachés à la  protection des données personnelles. 


Soucieux de rassurer les futurs usagers  (et tenu de se conformer aux avis des autorités régionales de protection des données) le gouvernement opta pour une solution décentralisée. Toutes les données seront cryptées :  non pas conservées sur un serveur central comme StopCovid (et son successeur, TousAntiCovid)  mais cryptées et enregistrées uniquement sur les smartphones qui échangent les données entre eux. De plus, si le logarithme embarqué dans l'application identifie l'utilisateur comme une personne à haut risque d'infection, celui-ci peut cependant décider de ne pas subir de dépistage.


Anticipant  l'inquiétude des Allemands, Angela Merkel expliquait : « Cette application ne connaît ni votre identité ni vos déplacements. Elle ignore aussi l'identité de ceux que vous avez rencontrés. »


Succès mitigé


Le nombre de telechargements bat tous les records : 25  millions de téléchargements en en Allemagne (contre 13 millions en France).


Il reste que lors de la seconde vague, a l’automne, l’application Corona-Warn-App a marginalement contribué a enrayer la propagation du virus. La solution magique du début n'est plus qu'un outil parmi d'autres. 


Des le mois de juillet, le rythme de téléchargements de l’application déclinait.


La presse se faisait l’écho d’un nombre croissant de  personnes qui avaient dejà  désinstallé  l'application et surtout que tous ceux qui avaient installée ne l'activaient  pas en continu. 


En septembre, Deutsche Telekom rapportait que 14 millions de personnes seulement utilisaient activement leur appli, soit qu'elles omettent d'activer le Bluetooth indispensable au fonctionnement de la Corona-Warn-App, soit qu'elles ne signalent pas un résultat positif après un test. 

Selon les calculs effectués par la Süddeutsche Zeitung,  entre 3,3 et 5,5 % seulement de tous les tests positifs ont été détectés grâce à la Corona-Warn-App. 

De plus, un tiers des laboratoires responsables des tests n’etaient  toujours pas connectés au système qui donne accès au code de validation aux personnes positives. Celles-ci doivent appeler une hotline, ce qui complique et retarde la mise en ligne de l'alerte.


Un débat prenait forme : un respect trop sourcilleux de protection de la vie privée aurait-il réduit l’efficacité de l’application ?  Anonymisées, les données ne permettent plus aux  services de santé de savoir ou et comment les personnes se sont contaminées. Et encore moins de prévenir les personnes présentes dans ce lieu ou lors de cet événement (rassemblements, mariages ou fêtes de famille) si elles n’ont pas elles aussi téléchargé l'application.    


L’image de Coronawarn a, de surcroit, été ternie par une série de bugs :   faux avertissement, messages reçus incompréhensibles. 


Fin juin, des chercheurs irlandais  de la School of Computer Science and Statistics du Trinity College de Dublin mettaient en doute l’utilité de l’application dans les transports en commun (là ou les distances entre personnes sont le plus reduites) alors que les autorités mettaient justement en avant ce cas d’usage pour convaincre le public d’utiliser l’application.


En septembre, la proportion d’allemands  qui jugeaient CoronaWarn utile et efficace chutait a  23 %. 



Sources


Berlin vante la transparence et la sécurité de son appli anti-coronavirus


SudDeutscheZeitung : Was nutzt die Corona-Warn-App?



netzPolitik : FAQ sur Corona-Apps Les questions et réponses les plus importantes sur le suivi des contacts numériques (mises à jour)






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